Observatoire de la vie au travail : adopter la « TPE attitude » (édition 2010)

Partie 1 : De la « PME attitude » à la « TPE attitude »

Nous relevions l’année dernière dans ce blog la surprenante exhortation à la « PME attitude » lancé le 16 juin 2009 par Laurence Parisot, présidente du Medef et dirigeante d’un organisme de sondage bien connu : « Il faut que tout le monde – élus, grandes entreprises, gouvernement, responsables d’administration… pense comme les PME. » Si la représentante en chef du syndicat qui défend prioritairement les intérêts des entreprises du CAC 40 s’intéresse de la sorte aux PME c’est qu’il y a une raison valable. Car Laurence Parisot a été très loin dans son exhortation : « Nous [Medef] sommes viscéralement PME », a-t-elle soutenu. En quoi les PME apparaissent-elles séduisantes au point que les grands groupes puissent avoir envie d’en être, « viscéralement » ? Les résultats de l’édition 2009 de notre Observatoire de la vie au travail (OVAT) corroborait les propos de la chef de file du Medef – au moins sur la dimension de la performance sociale des PME, et plus particulièrement celle des TPE (de 1 à 10 salariés) : c’est bien dans les TPE où il fait le mieux vivre son travail en France, ce que confirment encore les résultat de l’édition 2010 de l’OVAT (pour voir la synthèse des résultats de la performance sociale des TPE cliquez ici). D’où notre exhortation, sur la foi de ces résultats, qui précisent ceux de Laurence Parisot : pour doper la performance sociale des organisations françaises (entreprises comme services publics), il faut adopter la « TPE attitude ». Voyons quels en sont les ressorts.

« Small is beautiful » : cet adage résume parfaitement les ressorts qui sous-tendent la performance sociale des PME françaises. Car c’est dans les TPE qu’il fait le mieux vivre, ou plutôt, le mieux « travailler-ensemble », et c’est dans les TPE que la performance est la plus forte, ce qui n’est pas le cas de toutes les PME comme le montrent les résultats de l’OVAT. Le résultat est sans appel : les salariés des TPE sont les plus optimistes et les moins stressés, ils jugent plus favorablement l’ensemble des indicateurs de performance sociale. Ceci va dans le sens de l’hypothèse selon laquelle la faible taille de l’entreprise influence favorablement la manière dont les salariés pensent et vivent le travail. Toutefois, contrairement à l’affirmation de Laurence Parisot, on ne peut mettre toutes les PME dans le même sac : si c’est bien dans les TPE qu’il fait le mieux travailler-ensemble, au-delà de 10 salariés, les résultats sont plus mitigés et au delà de 50, ils se dégradent fortement.

Les clés de la performance sociale des TPE semblent se situer sur le terrain des relations humaines, si l’on en croit le témoignage des salariés français qui travaillent dans les TPE. « Dans une TPE, on existe vraiment, la compétence est reconnue, les rapports humains sont plus directs », indique un salarié, contributeur anonyme de l’OVAT. La proximité des patrons de TPE avec leurs collaborateurs favoriserait une meilleure ambiance de travail et un bien-être accru, donc un vécu au travail beaucoup plus positif. Dans une TPE, les salariés se sentent réellement exister : ils sont plus polyvalents, leurs compétences sont mieux reconnues. Les rapports humains sont également plus directs, certes parfois plus francs et plus rudes, mais les peines comme les joies peuvent plus facilement s’extérioriser. Les relations conflictuelles sont plus aisément régulées par leur hiérarchie, plus proche. Le travail fait plus facilement sens dans leur quotidien. Par conséquent, du fait que leur vécu est globalement plus positif, la façon dont les salariés pensent le travail, également plus positive, est renforcée.

 

Partie 2 : Doper la performance sociale au travail : adopter la « TPE attitude »

Les TPE sont en France les championnes de la performance sociale comme le montre l’édition 2010 de l’OVAT, confirmant les tendances, similaires, de l’édition 2009. Peut-on tirer un enseignement de ces résultats, particulièrement si l’on ne travaille pas dans une TPE ? Oui, si l’on est intéressé par l’optimisation de la création de valeur par les ressources humaines. Comprendre les ingrédients de la performance sociale des TPE permet d’envisager de les mettre en œuvre au quotidien dans des entités qui ne sont pas forcément des TPE.

Le « small is beautiful » de la performance sociale des TPE ne doit bien sûr pas être appliqué au pied de la lettre : il ne s’agit pas de fractionner les grandes entreprises en autant de petites entités de 10 salariés. Il s’agit d’adopter la « TPE attitude » dans son état d’esprit et dans sa dimension humaine, c’est-à-dire en faisant sien les facteurs qui conditionnent la création de valeur au sein des TPE et qui sont les plus explicatifs de leur performance sociale : Transparence, Proximité et Enthousiasme. Abordons ces trois ressorts essentiels de la performance sociale des TPE.

  • La Transparence, c’est la faculté du management à communiquer avec clarté de manière à faire savoir sans équivoques ce que chacun doit faire (ses rôles et les moyens dont il dispose), pour quoi ou pour qui il va le faire (client interne ou externe) et surtout pourquoi il lui faudra le faire (finalité en phase avec les objectifs de l’organisation sans qu’il n’y ait de conflits éthiques avec les valeurs des salariés). La Transparence évite que les salariés souffrent d’un déficit d’informations issues des contraintes relatives aux process de l’entreprise, d’un manque de visibilité tant sur l’avenir de leur entreprise et de sa stratégie que sur leur propre avenir en termes d’évolution, comme le montrent les résultats 2010 de l’OVAT.
  • La Proximité, c’est la faculté du management à faire en sorte que les centres de décision soient les plus proches du terrain et des problèmes quotidiens des salariés, sans que les process ne bureaucratisent les relations interpersonnelles. C’est aussi faire en sorte que la reconnaissance que peut attendre le salarié de son travail accompli soit la plus proche possible des résultats qu’il a obtenus, d’autant plus lorsqu’ils sont créateurs de valeur. La Proximité évite que les salariés se plaignent de leur Direction, jugée trop éloignée des réalités du terrain ou qu’ils souffrent d’un grand manque de reconnaissance, comme le montrent les résultats 2010 de l’OVAT.
  • L’Enthousiasme, c’est cette alchimie des relations interpersonnelles qui fait qu’on est content, voire joyeux au travail, en bonne entente avec son dirigeant, son manager de proximité, ses collègues avec qui on apprécie de coopérer sur des projets communs sur lesquels on est prêt à donner de sa personne. Susciter L’Enthousiasme évite que les salariés se plaignent de conditions de travail médiocres, alors qu’ils idéalisent fortement le travail. En effet, 3 salariés sur 4 se disent très impliqués au travail, ils en parlent en termes positifs et globalement leur moral est bon. Mais par le même temps, 2 salariés sur 3 s’estiment exposés au stress et insatisfaits par leurs conditions de travail. Ce paradoxe apparent est dû au décalage entre l’idéalisation du travail par les salariés et ce qu’ils vivent professionnellement au quotidien. La valeur travail, très positive, est fortement investie par les salariés français : elle fait sens dans leur vie car très centrale. Mais leur vécu au travail est loin de correspondre à cet idéal et à leurs fortes attentes car leurs conditions de travail sont perçues comme médiocres, comme le montrent les résultats 2010 de l’OVAT.